À quoi ressemblait le Vassivière de jadis ?
À l’aube du XXe siècle, on ne trouvait ni lac ni épaisses forêts à Vassivière, mais des landes, des haies et des tourbières. Un monde qui refait surface alors que le niveau du lac continue à descendre.


« Il y a peu de paysages en France qui ont vécu des mutations aussi radicales »
Alain Freytet, paysagiste
Il n’y a pas meilleur endroit que les hauteurs de la lande du puy de la Croix, à Royère-de-Vassivière, pour imaginer ce « grand prix national du paysage » de 2022, médite Alain Freytet. C’est ici que le paysagiste a affûté ses crayons de couleurs pour tracer un sentier d’interprétation et renvoyer les promeneurs au début du XXe siècle.
« Il y a peu de paysages en France qui ont vécu des mutations aussi radicales que Vassivière », poursuit-il. L’enseignement à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles, originaire de la Creuse, s’émerveille, alors que le niveau du lac descend comme rarement, devant les murets de pierre sèche et les divers vestiges qui se découvrent, témoins d’une vie rurale passée.
Des landes de callune
« On retrouve des souches d’arbres coupés à un mètre juste avant la mise en eau. C’est beau de voir ces espèces de grandes sculptures posées sur un lit de câbles à paillettes, ces petits micas qui brillent », observe Alain Freytet.
En 1900, les sommets des collines de Vassivière n’étaient pas coiffés de résineux comme aujourd’hui, mais de landes de callunes. « Il y avait beaucoup de monde sur le plateau au XIXe siècle, et ce monde cultivait et faisait pâturer de grands troupeaux de moutons sur les puys (qui broutaient les plantes herbacées et les jeunes arbres, entretenant ainsi les landes). C’est un paysage que l’on retrouve peu en Limousin, et l’on est toujours étonné de voir les cartes postales du début du XXe siècle, dans lesquelles on ne voit pas un arbre », remarque le paysagiste.
Pas de grandes forêts
« Cela rend touchant et important le travail fait aujourd’hui afin de repousser la forêt, pour des raisons naturalistes mais aussi paysagères », note Alain Freytet. Des moutons ont été réintroduits sur 180 hectares en bord du lac, propriété du Conservatoire du littoral, et gérés par le syndicat du lac, pour faire prospérer la callune et ouvrir les paysages.
« On trouvait des arbres (des chênes, des érables, des hêtres…) dans des plus difficiles d’accès pour les bêtes et dans les parcellaires de haies, qui avaient plusieurs avantages pour les paysans, comme leur donner du bois de chauffage et des fruits », continue Wieland Bussmann, architecte paysagiste basé à Aubusson.
Dans les landes, on remarque des genévriers mais aussi des pins sylvestres qui poussent par-ci par-là, comme au puy de la Croix. « Ils arrivent naturellement et offrent un refuge aux oiseaux de chasse. Les paysagistes les adorent puisqu’ils possèdent des formes incroyables tout en résistant bien aux changements du climat », note Wieland Bussmann.
Des tourbières
À Vassivière, les terres servaient à la fois à l’élevage (des moutons mais aussi des bovins) et à des cultures, où se succédaient pendant trois ans seigle, sarrasin et raves. La parcelle était ensuite laissée au repos et redevenait une lande pour le pâturage.
Le fond des vallées était tapissé de milieux humides, qui fournissaient aux hommes l’eau nécessaire à l’irrigation et à l’abreuvement du bétail lors des sécheresses. Les tourbières étaient pâturées par les vaches l’été, et on extrayait la tourbe pour se chauffer l’hiver.
Avant la mise en eau du lac, en 1950, c’est l’hécatombe de la Grande Guerre qui a sonné le glas du monde agricole de Vassivière, habité depuis le Néolithique. « Comme il y avait beaucoup moins d’hommes, on a trouvé dans la forêt une porte de sortie, et les puys se sont couverts d’arbres, en particulier de douglas, une plante magique, qui pousse très vite », retrace Alain Freytet.
Baisse du niveau d’eau : vers un nouveau record
Si l’on excepte les vidanges, le lac de Vassivière va connaître un niveau d’eau jamais vu. Avec une cote de 641,37 mètres NGF hier, à 18 heures, le plan d’eau atteint presque le record de 2018, qui était de 641,30 mètres NGF, plus de huit mètres de moins qu’au début de l’été.
La sécheresse est d’autant plus marquée cette année qu’en 2018 la cote la plus basse a été atteinte bien plus tard, le 27 novembre. Le niveau du lac pourrait continuer à diminuer si les précipitations ne s’accumulent pas au cours de l’automne.

Des vestiges et des curieux
Les curieux ont été nombreux ces derniers jours à se rendre sur l’ancienne digue de l’étang de la Jassine (Royère-de-Vassivière), qui a été engloutie il y a plus de soixante-quinze ans. Un imposant ouvrage en pierre à côté duquel il existait jadis un moulin, et qui se trouve d’habitude plusieurs mètres sous la surface. Ces vestiges s’ajoutent à d’autres que l’on peut observer depuis le mois de septembre, comme les anciens ponts de Villefort et l’ancien village de Nergout.
Comme chaque été, le lac de Vassivière a été ponctionné pour soutenir l’étiage des cours d’eau en aval. La saison s’est distinguée par un recours précoce au plan d’eau de 1 000 hectares. Depuis le 6 juillet, le niveau d’eau baisse de 5 à 15 centimètres par jour pour alimenter en eau potable les populations dans les vallées, abreuver le bétail, assurer la survie de la biodiversité dans les rivières et maintenir l’activité industrielle — à commencer par la centrale nucléaire de Civaux (Vienne). Pour économiser la réserve de Vassivière, EDF a abaissé légèrement en septembre le débit de l’eau rejeté en aval, en accord avec les services de l’État.
Article publié dans Le Populaire du Centre, édition Haute-Vienne, le 7 octobre 2026. Photos : Stéphane Lefèvre et Bruno Barlier.
Mise à jour : 9 octobre 2026


